Monday, July 17, 2017

Comment savoir si l'on est prêt à enseigner après une formation?

Après la question fatidique de "Est-ce que vous enseignez l'anatomie", la deuxième question relativement récurrente des personnes qui s'inscrivent est de savoir si après la formation ils peuvent enseigner?

La question peut sous-entendre deux choses.

La première : Est-ce que le diplôme de yoga me donne le "droit" d'enseigner sous entendu de manière légale. La réponse est toujours non car le Yoga n'est pas une profession réglementée, de ce fait avec ou sans diplôme tout le monde peut enseigner le Yoga.

Pour pouvoir enseigner une activité physique et sportive en France il faut détenir un diplôme d'état ou alors un CQP. La plupart des professeurs enseignent avant tout des asanas considérés comme une activité physique sportive. Donc légalement si l'on souhaite rester dans les clous il faudrait détenir un diplôme d'état.

Il est à noter que si la réglementation était mise en place, s'il y avait un contrôle de tous les studios de France ils fermeraient et le nombre de personnes enseignant le Yoga serait moindre. Faut-il pour autant s'en inquiéter ? Je n'ai pas la réponse, je n'enseigne plus en France depuis 4 ans et je n'ai entendu personne qui enseigne avoir eu un quelconque problème avec ça.

D'un point de vue spirituelle de la pratique il n'y a pas de réglementation. 

Vous pouvez consulter ces deux articles :


Il est important de savoir et de comprendre que le Yoga n'est pas une profession réglementée tout comme d'autres activités holistiques (Méthode Pilates, Méthode Gyrokinesis et Gyrotonic (c), Feldenkrais, etc).

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La deuxième chose que soulève la question "est-ce que je peux enseigner après une formation de Yoga" est de savoir si l'on va avoir les outils nécessaires pour le faire.

C'est une bonne question dès lors que l'on investit non seulement de sa personne pendant une formation mais aussi de l'argent, il est donc important de savoir où l'on met les pieds.

La réponse en revanche n'est pas évidente. D'un point de vue purement commercial on pourrait vous vendre une formation de Yoga en vous garantissant à 100% que vous allez enseigner tout de suite après avoir eu votre joli diplôme en poche, le tout avec des pacotilles et des lumières qui clignotent aux couleurs de l'arc-en-ciel.

D'un point de vue purement réaliste personne ne peut le savoir (si vous pouvez enseigner)..... si ce n'est vous-même !

Samyak Yoga - Cambodge TTC Février 2016


Est-ce que 200 heures sont assez pour enseigner

Si ce sont vos premières 200 heures et qu'auparavant vous pratiquiez le Yoga de manière lamba j'aurai tendance à dire non.

Si vous avez derrière vous un bagage d'enseignement et une pratique régulière depuis 3 ans, j'aurai tendance à dire oui.

Mais j'émets des doutes dans les deux cas.

Ces quatre dernières années j'ai vu des étudiants qui n'avaient pas de bagage yogique et qui ont un peu ramé la première semaine de formation, voir toutes les semaines, puis au lieu de se poser des questions ce sont tout de suite lancés dans l'enseignement tout en continuant à pratiquer. Au jour d'aujourd'hui ils continuent d'enseigner, certains ont ouverts des studios, d'autres organisent des retraites dans le monde et ça fonctionnent très bien pour eux car ils y ont cru dès le premier jour et se sont trouvés dans la pratique du yoga.

J'ai vu aussi le contraire, des étudiants avec une pratique de dingue, des asanas splendides, des connaissances philosophiques pointues......  avec une pédagogie complètement absente. Ils enseignent mais ils rament un peu. Certains ont décidé de garder le Yoga comme un travail à temps partiel. 

De la même manière dans ma quête Ashtangique (si je puis dire) j'ai pris des cours avec des enseignants qui étaient autorisés par le Shala et pourtant étaient de très mauvais pédagogues. En revanche avec d'autres qui n'étaient pas "reconnus" ni certifiés par le Shala étaient super bons.

La fibre pédagogique n'est pas quelque chose qui vient en un mois c'est quelque chose que l'on cultive. Il faut aussi avoir le désir de vouloir partager nos connaissances sans pour autant faire le show en montrant ce que l'on sait faire. 

Il faut être prêt à ne pas être aimé ou apprécié, il faut pouvoir accepter de se remettre en question continuellement. 

Si vous voulez enseigner dans l'espoir d'être aimé en retour ça ne fonctionnera pas.

Maintenant la notion de "j'aime" / "j'aime pas" est un point de vue très personnel. Une personne pourra détester votre cours tout comme dans le même cours une autre personne l'aimera. Si vous êtes un temps soi peu sensible vous allez vite expérimenter des montagnes russes émotionnelles.

Est-ce que je peux enseigner si je ne pratique pas ?

D'un point de vue physique que représente la part des asanas, si vous ne pratiquez pas physiquement votre séquence ou n'importe quelle séquence de manière régulière je reste assez catégorique là-dessus, la réponse est non.

Est-ce qu'un professeur de langue peut enseigner une langue qu'il ne connaît pas? Non.
Est-ce qu'un pianiste qui fait un récital peut le jouer sans l'avoir pratiqué? Non.
Est-ce qu'un boulanger fait du bon pain s'il ne connaît pas la recette? Non.

La règle est assez facile. On enseigne ce que l'on connaît et ce que l'on pratique. Si vous décidez d'enseigner de l’Accro Yoga mais que vous n'en n'avez fait qu'une fois, avec toute la bonne volonté du monde ça va être très difficile.

Samyak Yoga - Paris TTC Août 2016

Il y a des formations de Yoga durant lesquelles l'étudiant n'enseigne que très peu, voir pas du tout et d'autres où l'étudiant enseigne tout de suite et ce tout au long de la formation. Bien sur ça peut faire hurler les yogis déjà en place et qui se demandent "mais comment ils peuvent enseigner quand ils n'ont aucune expérience!!!".... oui mais à un moment donné il faut bien commencer quelque part il me semble.

On peut attendre, assimiler et faire d'autres formations avant de se lancer.

On peut aussi se jeter à l'eau directement. 

C'est donc très personnel et individuel. Il n'y a pas de règle. Si l'on attend trop on peut finir par ne jamais le faire, l'avantage de se jeter à l'eau tout de suite c'est qu'on peut voir assez vite si cela nous convient.

Il faut aimer enseigner.

Il faut bien évidement continuer à se former et pratiquer autant que possible.

Il n'est pas utile de se déguiser pour donner un cours de yoga. Arriver sur le tapis avec le mala autour du cou, des bracelets aux chevilles, aux poignets, un bindi sur le front, un fichu sur les cheveux, tout ça ne sert à rien.... sauf si bien évidement c'est un look que vous abordez depuis longtemps. Ce que je veux dire c'est qu'il ne faut pas être "plus spirituelle" que vous ne l'êtes, rester dans votre vérité et surtout rester simple et authentique.

Si tant est vous décidez d'opter pour le look indien sachez que :

1. Le bindi ou "bindu" en sanskrit ou "binhiya" en Hindou, se porte entre les deux sourcils, au niveau du 3ème oeil et pas au milieu du front. Sa traduction veut dire "goutte" ou "point".  Il est noir pour les femmes célibataires et rouge pour les femmes mariées. C'est un symbole de bonne fortune. Il existe des bindis en bijou de toutes les couleurs que l'on colle directement sur la peau qui n'ont rien de religieux.

2. Les bracelets aux chevilles se portent par paire. Si vous allez en Inde et que vous n'en portez qu'une seule les Indiennes vous demanderont pourquoi. Si vous portez deux bracelets mais qui ne sont pas identiques vous aurez droit à la même question "pourquoi?". Le plus souvent ils sont en argent, avec des grelots ils permettaient d'annoncer qu'il y avait une femme dans les alentours. La cheville comporte le méridien de la vessie et des organes reproducteurs, plus le métal porté est pur plus la femme sera fertile, il est aussi dit que ça calme les douleurs menstruelles.

3. Les bagues aux orteils (appelées Bichiya en Hindou)  sont généralement réservées aux femmes mariées et vont par paire. Elles sont aussi en argent et portées sur le deuxième orteil, signe de fécondité. De manière générale la tradition Hindou n'autorise pas le port de l'or en-dessous de la ceinture, donc la plupart des bijoux de pieds et chevilles sont en argent pur.

4. Le Mala - généralement le mala doit être offert. C'est un collier que l'on peut comparer au chapelet et qui devrait comporter 108 perles faites de bois de rose par exemple ou en perles. Il sert à chanter les mantras 108 fois, on l'égrène à chaque passage. Si l'on suit les préceptes de la tradition yogique vous ne pouvez pas chanter n'importe quel mantra, le mantra doit être présenté à l'étudiant de la bouche à l'oreille par votre "gourou" ou enseignant.

Bonne semaine!

- Namaste -

Saturday, July 15, 2017

Lumière sur Marichyasana D

Marichyasana D est "THE" Asana qui vous donne votre droit d'entrée pour continuer ou arrêter la Première Série. Ensuite la deuxième porte "d'entrée" est Supta Kurmasana (que l'on verra plus tard).

C'est à cet asana que l'on va vous arrêter si vous n'attrapez pas votre main, si vous ne pouvez pas enrouler, mettre votre jambe en demi-lotis etc... 

Pour faire court si vous ne pouvez pas faire la posture sans variation et que vous avez décidé de vous lancer dans une pratique traditionnelle de l'Ashtanga Yoga votre pratique s'arrêtera là aussi longtemps que vous ne pourrez la faire complètement.

Si vous ne pratiquez pas l'Ashtanga Yoga de manière traditionnelle rien ne vous empêche cependant de la travailler que ce soit avec ou sans variation.

Je l'ai pratiquée pendant des années en variation sans insister plus que ça me disant que cette posture n'était pas faite pour moi car elle me faisait mal aux genoux. Le jour où j'ai commencé à dédier mes pratiques à l'Ashtanga Yoga ce fut ma (première) frustration car ma pratique s'arrêtait là et je devais enchaîner sur les postures finales.

Six mois après une pratique respectant les codes de l'Ashtanga, pendant une classe Mysore sous Sharat, à ma grande surprise j'ai réussi à la faire sans douleur, sans problème et ce des deux côtés. Comme c'était un mardi et que le mardi on ne reçoit pas de nouveaux asanas (cette notion est extrêmement obscure pour moi), je n'ai pas été "promue" à Navasana et après un rapide coup d'oeil de Sharat j'ai compris que demain serait un autre jour.

Effectivement le lendemain il m'a regardée faire Marichyasana D et m'a dit "Navasana"....... puis m'a arrêtée à Supta Kurmasana.... et ma pratique s'est arrêtée à Supta Kurmasana pendant six long mois faits de frustration, de colère, de sentiments d'injustice et durant lesquels j'ai du faire une introspection sur moi-même en me disant que l'Ashtanga Yoga en fait c'était nul......

Jusqu'à ce que je passe Supta Kurmasana.... mais c'est une autre histoire qui fera l'objet d'un nouveau post.

Voici la posture :

Marichyasana D - Crédit photo Tom Ritcher.Yoga

J'ai choisi cette photo car les flèches indiquent les directions que j'affectionne tant. On pourrait ajouter une flèche verticale au point numéro 6 car le pied pousse aussi contre le sol.

C'est donc une torsion, assez intense durant laquelle la jambe gauche est repliée en demi-lotus. Tout comme pour Marichyasana C il y a une rotation interne de l'humérus gauche qui vous permet d'enrouler autour du genou, si votre étudiant ne peut pas enrouler correctement dans le "C" il ne pourra pas faire le D, c'est assez logique.

Crédit photo - Practicing Ashtanga
La première sensation que l'on peut avoir c'est une gêne au niveau de la cheville et avec le temps ça passe.

La deuxième est une tension au niveau du genou de la jambe qui est repliée, là il faut savoir si ce sont les ligaments qui empêchent le mouvement ou si c'est juste un manque d'ouverture des hanches. Comment le savoir je n'ai pas la réponse, pour ma part je n'ai plus de ménisque donc j'ai toujours cru que cette posture m'était à jamais inaccessible mais la pratique régulière a fini par me convaincre que le corps peut se soigner lui-même.

Maintenant est-ce que je recommanderai à un étudiant qui a des douleurs aux genoux de faire cette posture ? Tout dépendra de sa pratique, si l'étudiant est régulier je l'encourageai à continuer à son propre rythme en revanche si c'est un pratiquant "lamba" qui pratique 1 à 2 fois par semaine puis plus rien pour revenir pratiquer pendant 4 jours puis plus rien etc... je ne lui enseignerai probablement pas la posture finale mais la variation qui consiste à ne pas replier la jambe en demi-lotus.

Variation - Crédit photo Practicing Asthanga Yoga
C'est une posture que je mets dans la catégorie "Avancée". Non seulement la torsion ou le twist est intense et nécessite une bonne ouverture des épaules ainsi qu'une bonne ouverture des hanches mais en plus il y a une rotation externe du fémur produite par le demi-lotus de la jambe qui est repliée. J'ai pu voir pas de mal pratiquants forcer cette posture et se faire mal aux côtes et/ou aux genoux.

Alors ajustements ou pas ?

Tout dépend du professeur et de SA PRATIQUE PERSONNELLE.

Ne hurlez pas c'est un ajustement très courant
En revanche je me permets un petit "doute", au lieu de tirer le bras par le poignet avec les deux mains il serait préférable à mon sens d'avoir la main droite qui tire le poignet gauche pendant que la main gauche se place sous le coude ou au milieu du bras de l'étudiant.

J'aurai aussi tendance à placer mon genou gauche au niveau de la hanche de l'étudiant pour l'enserrer, faire un "mur" plutôt que de le laisser complètement décoller la hanche car je ne suis pas certaine que l'étudiant trouve correctement son équilibre si enroulement il y a.

D'une manière générale je préfère me mettre dans cette posture pour ajuster l'étudiant :

Crédit photo - Nadra Mohsin
Ici on ne tire pas simplement sur le bras mais on protège l'équilibre par l'action des jambes autour de l'étudiant. C'est à mon sens un ajustement plus clair et doux et c'est toujours celui que j'ai reçu pendant mon apprentissage de Marichyasana D.

En tant qu'enseignant vous devez pratiquer ce que vous enseignez. Si vous ne pratiquez pas cette posture il est préférable de ne pas l'enseigner. Si vous l'enseignez et que vous ne la pratiquez pas n'essayez pas d'ajuster car comment comprendre un ajustement que vous n'avez pas reçu pour une posture que vous ne pratiquez pas?

Pour ajuster il faut d'abord regarder votre étudiant, la première chose est de voir si demi-lotus il y a, si le demi-lotus n'est pas possible faire la variation, ne surtout pas pousser le genou contre le sol.

Si vous voyez qu'il y a demi-lotus et que le problème vient du twist, alors oui vous pouvez donner le "chemin que le corps doit prendre" car les muscles vont enregistrer votre ajustement, d'où l'importance de comprendre la posture avant de l'enseigner et de la corriger.

Bonne pratique!

- Namaste -