La pratique régulière des Asanas soigne le corps

Pendant des années j'étais convaincue que mes talons ne toucheraient jamais le sol dans Adho Mukha Svanasana. Un jour un professeur m'avait dit que mes talons d’Achille étaient trop courts, anatomiquement parlant c'était donc normal. Il fallait juste que je mette des bloques sous mes mains pour avoir les talons au sol.

Puis un jour j'ai pratiqué avec John Scott. En deux secondes il m'a corrigé mon asana. Il m'a demandé d'arrondir le haut du dos et d'allonger le bas du dos en même temps, au lieu de pousser vers l'arrière je devais garder une opposition vers l'avant (arrondir le dos), vers le ciel (monter les sit bones up), vers le sol (allonger le bas du dos).

J'ai eu des douleurs dans les muscles derrière les jambes pendant 1 mois, les douleurs étaient telles que je ne pouvais plus du tout faire de flexion avant sans devoir plier les genoux. Un simple Padanghustasana devenait une torture.

L'enfer des Marichyasana D


Je savais que si je devais pratiquer l'Ashtanga dans la grande Mecque du Yoga au shala de Sharat, ma pratique stopperait à Marichyasana D. Mais ce n'était pas ma faute ! Non la faute à mes genoux. Ménisque, ligaments, rotule, en veux-tu en voilà.

Plus de ménisque dans le genou gauche. En 1988 quand il y avait un problème au genou on retirait le ménisque, maintenant on ne le fait plus.
Ligaments tordus pas mal de fois, ménisque twisté dans le genou droit. Bref mes genoux une vraie plaie, certaines postures de yoga m'étaient à mon sens inaccessibles

En Janvier 2016 je me suis fait très mal au genou gauche pendant un Urdhva Padmasana, j'ai trainé cette douleur pendant six mois, j'ai continué mes pratiques et je faisais des variations.

En pratiquant avec Sharat aucune  variation possible......

Donc j'ai repris ma pratique à zéro. Ego dehors. Je redeviens débutante.

A ma très grande surprise j'ai passé tous les obstacles qui m'étaient encore insurmontables il y a quelques mois. J'ai fait mon premier Marichyasana D, sans assistance, sans variation, toute seule la semaine passée, sans aucune douleur au genou.

Variation ou Pas?


Faire la variation d'un asana apporte un bien être à notre ego car c'est une béquille. En revanche on ne fait pas vraiment la posture et donc on n'active pas et n'ouvre pas le corps comme il devrait être.

Sans variation l'approche du mouvement est effectivement plus limité, il faut laisser le temps au corps de prendre sa place, de s'ouvrir, de se décoincer, de laisser passer de l'espace. Indiquer au corps là où on voudrait qu'il soit sans le pousser.

Dans Parshvakonasana B par exemple, faire systématiquement une variation avec le talon arrière décollé dénature complètement l'asana et n'apporte rien au final.
Si on commence à le pratiquer en gardant le talon arrière au sol on travaillera l'équilibre de manière différente et l'équilibre dans cette posture est essentielle. Avec la variation ce travail ne se fait pas.

Quid des Douleurs?


De part ma pratique personnelle j'ai compris que les douleurs étaient en fait des ouvertures qui s'opéraient dans mon corps.

A force de répéter tous les jours le même mouvement mon corps a finalement compris où il devait "aller". J'ai appris à respirer vers des endroits particuliers, dès que la douleur au genou se faisait ressentir j'apportais alors mon attention sur les fessiers pour les relâcher. Et ça a fonctionné.

Depuis je n'ai plus aucune douleur dans les genoux et je peux faire tous les Padmasana, Ardha Padmasana, Gomukasana sans avoir à serrer les dents.

Si vous avez une porte qui est fermée de l'intérieure sans avoir la  bonne clef vous ne pourrez pas l'ouvrir. Vous pouvez prendre un outil et la forcer, elle ne s'ouvrira qu'à moitié. Vous pouvez aussi choisir de la démolir complètement mais vous ne serez plus jamais capable de la refermer car au final vous n'avez pas utilisé la bonne clef qui allait dans la bonne serrure pour l'ouvrir.



C'est la même chose avec le corps.

Vous pouvez choisir de faire un asana a priori inaccessible car votre corps n'est pas prêt, mais possible à faire par le biais de brique, sangle, mur, variation (je ne parle pas d'une pratique Iyengar qui est différente!).

Vous pouvez essayer de refaire cette posture sans brique, sangle, mur et vous n'y arriverez pas. Du coup vous déciderez peut être de garder la variation de cet asana pour les prochaines années sans jamais le maîtriser... mais en flattant votre ego.

Il y a une logique à une pratique d'asana. On ne colle pas un asana au milieu d'un flow parce que c'est joli, on va mettre un asana parce qu'il amène vers un autre, tout comme lorsque l'on lit les Sutras de Patanjali la lige suivante vous donne le résultat de la ligne qui précède.

C'est la même chose avec la pratique des asanas.

Il n'y a aucun but à vouloir faire Shirshasana ou un équilibre sur les mains si l'étudiant n'a pas les bonnes bases dans un Adho Mukha Svanasana par exemple.

Il n'y aucun intérêt à vouloir faire Hanumasana si les ouvertures de hanche ne sont pas bonnes.

Une pratique régulière est nécessaire

 

Et particulièrement si vous êtes professeur. Vous ne pouvez pas enseigner ou comprendre les bienfaits de la pratique des asanas si vous ne le pratiquez pas vous même. Votre expérience en tant que pratiquant est primordial pour votre enseignement.

Un danseur professionnel s'entraînera tous les jours, un pianiste fera ses gammes tous les jours tout comme si vous enseignez des asanas vous devez les pratiquer tous les jours. Sans pratique l'enseignement est stérile, sans pratique il devient un exercice physique.

Sans pratique on ne peut pas comprendre les Yamas et Niyamas. Appliquer d'abord Ahimsa à soi même sur son tapis de yoga au lieu de le résumer à du militantisme vegan. Le reste comme Tapas et la pratique des Pranayamas viendront tout seul sans même forcer.

- Namaste -
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